Ce n’est jamais le bon moment. Si on se laisse le temps de la réflexion, c’est finalement la réponse facile à tout problème. Malheureusement, c’est aussi sous la réponse tout court. On dit que tout arrive en même temps … Serait ce le cas aujourd’hui pour moi ?
Lundi, premier entretien d’embache. Un bon timing, je m’apprêtais à relancer mes recherches, mais un contact m’a pris par surprise. Le projet sur lequel je travaille se termine, l’ambiance se dégrade, et le travail s’accélère laissant de moins en moins de place à la réflexion, à la construction, à la discussion. Bref, un bon timing. Finalement, moi qui pensait laisser un peu de temps après la naissance de ma fille à venir, je me surprends à me dire que pourquoi pas, les choses peuvent se cumuler.
Et puis ce matin, un coup de fil. On m’avait déjà prévenu, sans trop vouloir m’alerter, mais cette fois on m’alerte. Mamie est fatiguée, très fatiguée. Beaucoup plus que la dernière fois, dernière fois où nous avions tous pensé que c’était la fin. Ma mère m’a donc fait comprendre que l’appeler lui remonterait le moral, et me permettrait d’avoir la chance d’un dernier appel. Qui sait … Assez particulier comme démarche, appeller quelqu’un en se disant que c’est sans doute la dernière fois, espérer que ce sourire dans la voix est un bon signe, sans trop vouloir non plus espérer. Bref, après 86 belles années sans trop subir son corps, ça en sera peut être bientôt terminé, tout comme il est possible que ça reparte. Il faut juste attendre le verdict des médecins, et plus incertain encore, le verdict de la vie ou de la mort …
Finalement, cette fois ci, tout semble converger en ce moment présent, la vie, la mort, le reste. On dit souvent que tout tombe en même temps. C’est aussi surtout parce que l’on aime pouvoir prévoir les choses, que l’on aime pouvoir les planifier, que l’on souhaite que tout soit parfait. Mais à attendre ce moment, on passe à côté des choses …
Finalement, ce fut une belle journée. Mon bébé va bien … Ma grand mère a apprit que j’aurai une petite fille. Elle a même eu le privilège de connaître son prénom. J’ai eu le privilège de savoir qu’elle le trouvait doux. Si elle part bientôt, ce sera sans avoir souffert, en toute probabilité dans son sommeil, après 86 belles années. Nous avons tous le temps de nous préparer à cela, qui finalement est dans l’ordre des choses. Et accessoirement, j’ai sans doute trouvé un nouveau travail dans lequel je pourrais trouver un épanouissement personnel et professionnel plus sincère.
C’est donc serein que je pourrai m’endormir ce soir, en espérant pouvoir avoir une vie aussi longue et douce que ma grand mère, et en espérant pouvoir un jour donner à mes petits enfants, ce que j’ai reçu de ma chère grand mère.



